HypoCONdriaque

C’est mon cœur qui l’a attrapé
Ce foutu cancer
Il se rouille comme un récipient au bord de la mer
Et disparaît dans les sables mouvants
En hurlant à mort son tourment

C’est mon cœur docteur!
Il a été diagnostiqué d’un Alzheimer
Et en a oublié jusqu’à la douceur d’une caresse
Le dernier baiser de l’amour à l’emporte pièce
Il a noyé dans les brumes de la morale
Les vérités qui leur font mal à tous ces gens bien pensants
Ces érudits du monde normal

C’est mon cœur qui a choppé un rhume du cerveau
Il éternue à tout va, et surtout se mouche là où il ne faut pas
Voyez vous il s’épanche beaucoup et il faudrait surtout pas
Vous savez une réputation ça s’invente et ça se défend
Pire, se plaindre c’est tellement peu musulman
Qu’il s’efforce donc de ravaler cette morve
Que les artères et les veines ne charrieraient pas 

C’est mon cœur docteur, il a une cirrhose du foie
Croyez moi, j’ai bien peur d’avoir abusé de ces substances là
Pour oublier ce qui ne s’oublie pas, quand la vie marche à contre-pas
Mon cœur a la grippe et une plaie que ne se ferme pas
Gardez moi juste quelques jours et perfusez moi
Je vous promets que je ne crierai pas, même s’il est connu
Qu’une démence guette mon organe là

Qu’il est fou, voyez par vous-même ce qu’il demande
Du grand air et des chants d’oiseaux
Comment pourrais-je en ces temps si amers?
Du bleu au ciel et pourquoi pas du camaïeu
Un petit effort qu’il me dit, mais la mode est au gris
Il veut, en plus, des étoiles, des couchants et des levants
Des émotions qui se croisent sur un sable fin au loin là-bas
Il veut des regards, des mains qui s’attrapent, une certaine alchimie

Expliquez lui à mon cœur, docteur, en une seule thérapie
Que le temps nous est compté et d’ailleurs,
Pour son plaisir, il devrait apprendre à se contenter
De changer de garde-robe, de meubles et de téléphone
Dites lui à ce cœur qui réclame des mots
Que le monde a appris à se passer du beau
Que l’absurde a pris le dessus, des billets verts il en faut
Et que s’il n’a pas envie de se retrouver tout seul
Il ferait mieux mon cœur de se conformer à ce qu’il faut
Allez trêve de mots, donnez lui une aspirine, un somnifère
Qu’il se taise puisque je ne supporte plus de l’avoir en porte-à-faux



Les larmes des étoiles

Ils ont des terrasses avec vue sur les étoiles
Mais la lune elle-même se languit de leurs regards émerveillés
Suspendue au dessus de leurs vies désespérées
Elle les regarde cultiver une forêt de béton et de raison cimentée

Ils ont des terrasses avec vue sur les étoiles
Mais aucune minute à leur consacrer
Les transats sont vides et les rêves suicidés
Les rideaux tirés, les passions envolées

Ils ont de l’or, de l’argenterie et de la viande à volonté
Mais les mots ont faibli, l’amour est parti
Les mots ont faibli, les larmes taries
Ils ont des étoiles mais plus de cœur pour regarder

Ils ont des écrans plats et de l’air conditionné
Des voitures ciselées qui démarrent à l’identité
Mais leurs âmes ne sont pas l’une à l’autre connectées
Elles ne se croisent ni dans les rêves ni en réalité

Ils s’offrent des convenances et des mots disciplinés
Leur vie est planifiée, leurs sourires calculés
Ils ont vue sur les étoiles mais leurs portes sont fermées
Leurs yeux ne brillent plus que pour ce monde fourvoyé 

Ils ont des terrasses avec vue sur les étoiles
Mais elles sont finalement parties se coucher
D’avoir attendu vainement les rêves expulsés
Elles ont pleuré en silence l’innocence oubliée



 

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